gaël Monfils sauve-t-il la deuxième semaine de la morosité ? La question fait bien évidemment débat. A Roland Garros, les spectateurs avisés - j'entends par là, les journalistes spécialisés dans
le tennis - avaient donné David Ferrer vainqueur en trois sets. Il y a donc eu une surprise. Une belle surprise, même, puisqu'il s'agit d'un français, d'un parisien, premier français à se
qualifier pour le dernier carré depuis Sébastien Grosjean, en 2001. Si le public a vibré pendant le match, si l'audience TV a surement été très bonne au moment de la balle de match, qui s'est
joué vers 19h30, les spécialistes étaient sceptiques. En sortant du stade, j'ai entendu quelques spectateurs dire qu'ils n'avaient jamais vu un si beau match ... On pourrait être scandalisé par
de tels propos, d'autant que la personne qui a prétendu cela n'était plus toute jeune, et qu'elle était censé avoir vu le Ashe / Fibak de 78, le Vilas / Noah de 1981, le Noah / Lendl de 83, le
Mcenroe / Lendl de 84, le Leconte / Noah de 85, le Leconte / Becker de 88, le Chang / Lendl de 89, le Leconte / Chesnokov de 90, le Connors / Chang de 91, le Mcenroe / Kulti de 92, le Leconte /
Stich de 92, le Muster / Agassi de 94, le Courier / Sampras de 96, le Rafter / Bruguera de 97, le Pioline / Safin de 98, le Graf / Hingis de 99, le Gonzalez / Ferrero de 03, le Gaudio / Coria de
04, et j'en passe !
Oui, le match de Monfils a sans doute été un peu chiant, par moment. Comme le faisait remarquer un journaliste franco-allemand après le match, journaliste présent chaque année Porte d'Auteuil
depuis les années 60, ça force le respect, comme il faisait remarquer, Monfils n'est qu'un attentiste, et il a battu Ferrer comme le père Roger-Vasselin avait battu Connors (pouah, quel souvenir
ignoble pour tous les amoureux du tennis) en 1/4 de finale en 1983, c'est à dire en remettant tout mollement au centre pour ne pas donner d'angle à l'adversaire, et en attendant la faute. Cela
dit, Monfils a bien servi, très bien même, il a bien bougé (beaucoup mieux que le chantre de l'anti tennis, Roger-Vasselin, en 83), et il a bien retourné (quelques retours décroisés long de ligne
méritraient d'être sur dailymotion ou youtube). Bref, il a bien joué, mais ce n'est ni Noah, ni Leconte, ni même Tsonga. Le corps athlétique et fiévreux de Monfils, sa posture lorsqu'il campe au
fond du court (le dos courbé, comme s'il faisait le guet à la chasse au gibier, une très belle attitude cela dit), cachent très bien le manque de panache de son jeu. Ne nous méprenons
pas : Monfils a un jeu atypique, très atypique, et il a de temps en temps le sens du show, il fait du bien au tournoi, mais ça s'arrête là. Ce n'est ni un artiste, ni un magicien.
en photo : Monfils qui s'entraîne avec Nadal. Se retrouveront-ils en finale ?
Tom et Jul ont assisté au match opposant Nadal à Amalgro sur le court central, ce mardi. Ils se sont retrouvés en sortant du stade et ont partagé leurs impressions. Ils n'ont pas été très inspiré
par ce match, même s'ils ont trouvé qu'Almagro aurait vraiment pu jouer avec sa gueule dans un film de Monicelli de 1951. Quant à Gulbis, et sa gueule à jouer dans un film de Jospeh Losey de
1971, il les a encore moins inspiré.
Jul : En fait, j'ai regardé le film de Reisz sur CineClassics, "Morgan, fou à lier" !
Tom : Ah bien ! Moi, j'ai enregistré "la solitude du coureur de fond", mais je ne l'ai pas encore regardé.
Jul : Tu vas aller voir le Desplechin au cinéma ?
Tom : Non, plutôt le dernier Wenders ... Je ne sais pas quand il sort, je vais regarder sur internet.
Jul : Je me fais bien un steak tartare ce soir.
Tom : Oh, ne me parle pas de ça ! J'ai super faim depuis le début de l'après-midi ! Tu le fais toi-même le steak tartare
?
Jul : Oui, oui, je vais aller au Monoprix, je crois que je n'ai plus de câpres chez
moi.
Tom : Quel froid, quand même
!
Jul : Je n'ai jamais vu ce temps là début juin ... C'est encore pire que l'année dernière, et pourtant
!
Tom : Au fait, qu'est-ce que t'as pensé du match de Nadal
?
Jul : de quoi
?
Tom : du match de Nadal
?
Jul : Ah ! Je ne sais pas, je n'ai pas regardé ! J'avais emmené de la lecture
!
Tom : A côté de moi, j'avais deux hystériques qui ont applaudi Nadal quand il est arrivé sur le court, et après, plus rien ! Plus un bruit ! Je crois qu'ils ont fait la
sieste.
Jul : Pour moi, le tournoi est fini ... mais je vois quand même bien Gonzalez torcher Federer !
Tom : Oh, tu ne vas pas recommencer avec tes pronostics foireux !!
En photo, Fernando Gonzalez, le chilien, à l'entrainement. Ici, avec son coach Larry Stefanki, ancien joueur professionnel.
Tom et Jul viennent d'assister aux derniers 8è de finale. Ils se retrouvent comme d'habitude en sortant du stade.
Tom : T'as aimé ce match de Monfils ?
Jul : L'affiche était intéressante. Le jeune de Bobigny et Ljubicic et son allure de "grand frère", c'était original.
Tom : Et le jeu de Monfils, il te plait ?
Jul : Je crois qu'il se cherche encore .... Et je ne parviens pas à le considérer comme un joueur de tennis !
Tom : C'est à dire ...
Jul : Il n'a pas la morphologie d'un joueur de tennis ! C'est un basketteur, pour moi. J'ai vraiment l'impression qu'il n'est que de passage dans le tennis. Je ne le vois pas terminer sa carrière
avec plus de 500 matches au compteur. Ils me font bien marrer les gens de sa famille, quand ils disent qu'ils le voient déjà gagner le tournoi !
Tom : Oui, leur naïveté est rigolote. Mais moi, je le trouve de plus en plus inventif, de plus en plus roublard.
Jul : Oui, en fouillant, on peut lui trouver un côté Chang, un côté Santoro ...
Tom : J'aime quand il est malicieux, quand il se met à faire des ronds ...
Jul : Quel que soit notre opinion le concernant, on ne peut pas nier le fait qu'il sauve un peu la deuxième semaine.
Tom : Oui, ça c'est vrai !
Jul : Parce que chez les dames, le tournoi est fini depuis bien longtemps ...
Tom : Quoi que la défaite de Sharapova ...
Jul : On le savait dès le début qu'elle allait perdre, elle !
Tom : Je parle d'autre chose, excuse, mais mardi c'est l'anniversaire de Nadal.
Jul : Almagro va lui faire une belle petite surprise. Il va amener les sarbacanes, les cotillons et les chapeaux pointus dans son sac. Sa mère a peut-être fait un cake, aussi.
Tom : Tu ne vas pas recommencer avec tes pronostics foireux !?
Jul : Je ne vais pas venir au stade mardi en me disant que Nadal va gagner 6/3, 6/3, 6/1, sinon je n'arriverai pas à me lever !
Tom : Tu crois vraiment qu'Almagro a les armes pour faire un truc
?
Jul : Pire que ça, il va le faire chialer, pour son anniv. La fête va virer à la
boucherie.
Tom : C'est horrible
!
Jul : Je pense que l'on va vivre un des plus grands moments du tournoi depuis des années et des années.
Tom : Si Nadal le torche, qu'est-ce que tu fais ?
Jul : Je ne mettrais plus jamais les pieds à Roland Garros !
Tom : Carrément ?
Jul : Carrément !
Plus personne n'ose vraiment le dire, mais le génie de Federer finit par faire un peu chier. ça me rappelle cette phrase dans "Candide" de Voltaire, qui disait en gros "J'ai tellement vu de
choses extraordinaires, qu'il n'y a y plus rien d'extraordinaire". Lundi, lors de sa conférence de presse d'après match, Julien Benneteau a estimé que Federer ne faisait pas qu'étouffer son
adversaire par ses coups incroyables, mais qu'il étouffait également le public. C'est la première fois qu'on entend dire que Federer étouffe également le public de la bouche d'un joueur. Pendant
le match, j'étais à côté d'un commentateur bien connu de Sport + qui s'étonnait de voir que l'ambiance n'était pas extraordinaire ... L'ambiance peut-être elle bonne lorsque Federer joue un
second couteau ? Combien Federer a-t-il joué de grands matches en grand chelem contre un joueur qui n'est pas du top 10 ? 1 ? 2 ?
W.B, notre spécialiste des qualifications, est venu faire un tour pour voir jouer celui que les caves appellent le maître. Loin d'être étouffé par le jeu du joueur de tennis le moins drôle du
monde, il est parvenu à déceler quelques points intéressants chez lui ...
"Federer vient de terminer son huitième face à Benneteau. Cela fut l’un des matchs traditionnels du numéro 1 mondial : quelques fulgurances entourées de multiples fautes directes. Jouer juste au-dessus de l’autre. Ne pas crier mais attendre que l’autre termine sa phrase pour la compléter et la ponctuer. J’ai longtemps été agacé. Moins depuis cette apres-midi.
On s’ennuie bien souvent mais le type nous dit qu’il a mal, qu’il n’y arrive pas assez quand le rythme n’est pas le bon. N’il y a-t-il pas quelque chose de slave dans cette attitude ? Une passion crasseuse et maléfique riche de masques aux figures de démons joueurs ? Avec une attitude profondément triste naviguant dans les griffes d’une fatalité effrayante.
Avant son avènement, Federer plongeait de match en match en longeant une frustration collant à son ombre. Les coups ne se ressemblaient pas. Ils étaient étrangers l’un à l’autre. Dislocation et colère au bout de la transpiration de l’effort. Mais la suite de défaites et promesses non tenues ont imposé un dialogue avec ces personnages parasites. Tenter de les comprendre. Aspirer à les dompter. Accepter ces ensembles disparates si noirs de bruits sourds. Et il sait bien qu’ils surgissent filant sur les failles de sa maîtrise. Peut-être plus encore durant ces 5 premiers mois. L’autre revient sale et tenace. Cacophonie intérieure. Il parle de 2012. Des JO de Londres. Il n’est pas certain que ses hurleurs resteront bien sages.
Il est peuplé Roger."
Laurent Luyat est ce monsieur en costard sur la terrasse, qui allie prétention agressive, assurance crasse et antipathie espiègle au moins aussi bien que le journaliste de France Inter qui couvre
le tournoi. Comment apprécier Laurent Luyat ? Est-ce possible ? Il n'intervient que pour balancer la pub, annoncer l'interruption des matches par la pluie, la fin de la retransmission télévisée
pour laisser la place à "c'est pas sorcier", ou la défaite d'un français. Bref, sa tronche est devenu synonyme de mauvaise nouvelle. Oui, oui, messieurs dames, Laurent Luyat a fini par avoir une
gueule de mauvaise nouvelle ...
On verrait très bien, dans un cauchemar, Luyat venir annoncer avec la calme obséquiosité des ordinnateurs de pompes-funèbres : "Monsieur le Tennis est mort dans la nuit du
tant au tant. Il n'a pas souffert".
d'après J.Lourcelles.
Rafael Nadal a été ovationné lors de son entrée sur le court ce dimanche soir. Il a été ovationné moins de deux heures plus tard, lorsqu'il en est ressorti. Entre ces deux moments ... rien. Le
silence, la sieste, l'emmerdement le plus total. Pourquoi le public aime-t-il tellement ce joueur qui l'emmerde ? Le central était plein au début du match, à moitié vide à la fin (cf photo). Si
Nadal gagne plus que les autres, c'est qu'il travaille plus que les autres. Comment peut-on être émerveillé par ça ? L'étonnant, ce serait, tel Mcenroe à la grande époque, de gagner plus en
travaillant moins, non ?
Tom et Jul se retrouvent à la sortie du Stade Roland Garros après cette belle journée de vendredi, durant laquelle on a commencé le troisième tour. Ils évoquent les français et les
françaises, Henri Leconte, et les cheveux de Gulbis.
Tom : Encore une journée magnifique, non ?
Jul : Ce petit Chardy m'étonne, mais ne me fait pas vibrer ....
Tom : Pourquoi ?
Jul : Je ne sais pas. Il n'a pas le petit truc en plus. On croirait un film de
Tom : Tu te rends compte de ce que tu dis ? Il a quand même battu Tursunov et Nalbandian ! Et Llodra alors, qu'est-ce que t'en as pensé ?
Souvenirs d'Henri
Jul : J'ai évidemment pensé à Leconte. c'est la première fois que Llodra jouait sur le central. C'est donc le premier attaquant français à avoir gagné un match sur le central depuis ... Leconte
en 1992 !
Tom : Forget n'a pas gagné de match sur le central après 92 ?
Jul : Non. Et Si Johnny est le seul rocker qui n'a jamais fait de rock, Guy est le seul attaquant qui ne montait jamais au filet.
Tom : C'est vrai que Forget, fallait vraiment qu'il est envie de pisser pour qu'il monte au filet.
Jul : Là, ce qui me gêne, c'est que je n'arrive pas à savoir vers où le tournoi va ...
Tom : C'est mieux que l'année dernière à ce niveau là, non !?
Jul : Largement. ça fait plusieurs années que le tournoi n'a pas été aussi excitant. Au moins depuis 2004 ou 2003 !
Tom : T'as été voir Gulbis ?
Jul : Oui, j'ai essayé, mais j'ai encore le même problème : je scotche sur ses cheveux et je n'arrive pas à me concentrer sur le match. Je ne suis resté que 5 minutes à son match
contre Lapentti ! Je n'ai pas pu ... Je ne sais pas comment je vais faire pour le match Llodra / Gulbis.
Tom : Tu vas aller voir Nadal / Verdasco dimanche ?
Jul : Je ne sais pas. Le voir se faire applaudir à tout rompre, par tout le monde, me fait parfois très mal.
Tom : Je sais. Ce qui est bizarre, c'est qu'on a jamais aimé les champions en France. Souviens-toi de Lendl, Courier, Bruguera .... le public ne les a jamais vraiment soutenu. Et, là, j'ai
l'impression que le public veut le voir gagner une quatrième fois ! C'est hallucinant !
Jul : Les gens le soutiennent, mais je ne suis pas sûr qu'ils aiment sa vulgarité crasse, son côté laborieux et sa lourdeur. C'est pour ça que le règne de Nadal me fait penser au chemin que
risque de suivre Nicolas Sarkozy. A en croire les sondages et l'humeur ambiante, personne n'aime Sarkozy en France, et pourtant, il passera certainement encore largement en 2012. C'est pareil
avec Nadal. Les gens préfèrent le soutenir lui, plutôt qu'un autre joueur qu'ils ne connaissent pas. Ils préfèrent quelque chose qu'ils connaissent, même si cette chose n'est pas terrible, plutôt
que quelque chose d'inconnu qui pourrait éventuellement être mieux, mais qui pourrait aussi être pire. Je suis d'ailleurs persuadé que Sarkozy va venir voir Nadal d'ici la fin du tournoi ...
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